« Chez le médecin. »
Un silence.
Puis, trop vite : « Pourquoi ? »
Tu manques de répondre : « Tu sais pourquoi », mais tu t’arrêtes. Les conseils de l’assistante sociale résonnent encore dans votre tête : ne pas tout révéler d’un coup, ne pas se disputer en privé, ne pas retourner à la maison pour « en discuter », ne pas sous-estimer la réaction de quelqu’un qui réalise qu’il perd le contrôle.
« Sofia a le dos très meurtri », dites-vous. « Elle m’a raconté ce qui s’est passé.»
Silence.
Pas un silence de surprise.
Un silence calculé.
Puis Mariana expire. « Bien sûr qu’elle a dramatisé.»
Votre vision se rétrécit.
« Elle a huit ans.»
« Il a renversé du jus partout, Javier. Je l’ai à peine touché. Il a glissé.»
Voilà. La première version.
Pas le déni. L’adaptation.
Vous pouvez presque l’entendre chercher quelle version sonnera le mieux, laquelle lui permettra de retrouver son calme le plus rapidement.
« J’ai vu le bleu. »
« Tu l’exagères. »
« Non », dis-tu doucement. « Je le vois enfin à sa juste taille. »
Ça le touche.
Son ton change. Plus doux. Stratégique. « Où es-tu ? On ne va pas régler ça par téléphone. »
Tu repenses au visage de l’assistante sociale. À la voix posée du médecin. Le rapport est déjà prêt. Les images sont enregistrées dans l’ordinateur. À la façon dont ta fille a retiré sa main, son corps ayant appris que les mains étaient synonymes de douleur avant le réconfort.
« On ne se verra pas ce soir », dis-tu.
« Javier. »
« Et tu ne verras pas Sofia tant qu’on ne m’aura pas dit que c’était sans danger. »
Le masque tombe.