Dans l’expression si particulière et maladroite d’un homme qui vient de comprendre que la femme qu’il a rejetée était, sans le savoir, au cœur de tout ce qu’il avait passé sa carrière à tenter d’atteindre.
Et qu’il l’y avait lui-même placée en la laissant partir.
Camille prononça son nom.
« Vivien. »
Mais Vivien avait déjà détourné le regard.
Mais détourner le regard n’était pas la fin.
C’était le début de la décision la plus impensable que Vivien Hartford ait jamais prise.
Et lorsque la suite révélera ce qu’elle a choisi de faire de ce pouvoir qu’elle n’a jamais demandé, vous en tirerez une leçon de force et de grâce qui vous marquera longtemps après la fin de cette histoire.
La salle de réunion reprenait son souffle.
Quatorze personnes étaient assises autour de cette table en verre : directeurs, chefs de service, conseillers juridiques, et chacun d’eux avait ressenti l’électricité particulière de cet instant qui dépassait le cadre de la réunion qu’il venait d’interrompre.
Les assistants, derrière les parois de verre, avaient cessé de taper.
On avait cessé d’appeler l’ascenseur.
Tout le quatorzième étage de l’agence immobilière Weston & Crane s’était figé, comme le monde vivant s’immobilise lorsqu’un événement important traverse une pièce et que l’instinct de témoigner l’emporte sur tout autre.
Elliot regarda Vivien, non pour lui donner d’instructions, non pour lui faire signe, simplement pour la regarder comme il l’avait toujours fait : avec toute l’attention, sans hâte, d’un homme qui avait décidé depuis longtemps qu’elle était la chose la plus intéressante dans n’importe quelle pièce où elle entrait.
Il tendit la main et recouvrit la sienne de la sienne.
Et le geste était si ordinaire, si spontané, si intime dans sa tendresse que plusieurs personnes autour de la table détournèrent le regard, comme on détourne le regard de quelque chose de trop franc pour être vu sans gêne.
Camille, elle, ne détourna pas le regard.
Elle observait Vivien avec une expression qui, en l’espace de trois minutes, était passée par le choc, le calcul et une lutte acharnée pour ne pas se muer en peur, en vain.
Car Camille Rhodes avait bâti toute sa vie sur sa capacité à analyser une situation et à s’y positionner avec justesse.
Et la situation qu’elle observait à cet instant précis ne lui disait qu’une chose :
Elle n’avait aucune place.
Elle avait passé onze ans à étudier Vivien Hartford et en avait conclu, fatalement, que Vivien était le genre de femme qu’on pouvait écarter.
Mais la femme assise à la droite du principal actionnaire de la société qui contrôlait son salaire, son titre, son avenir et l’hypothèque de l’appartement qu’elle partageait avec Derek,