Elle épouse donc un homme pauvre et handicapé, ignorant qu’il est…

Et la seule pensée qui émergea du brouhaha qui emplissait sa tête fut celle-ci :

C’est le parfum que je lui ai offert pour Noël.

Elle pouvait le sentir à six mètres.

Elle l’avait choisi elle-même, dans un grand magasin en novembre, en vaporisant le parfum sur une carte et en la portant à son nez jusqu’à en être certaine.

C’est celui-ci. C’est lui.

Elle l’avait emballé dans du papier argenté et l’avait vu l’ouvrir le matin de Noël, l’avait vu sourire et dire : « Tu sais toujours exactement qui je suis. »

Et elle l’avait cru.

Elle avait cru que connaître quelqu’un revenait à être connu de lui.

Mais, debout devant cet autel, Vivien Hartford comprit avec la froide lucidité d’une femme dont l’innocence s’évanouit sous ses yeux qu’elle n’avait jamais vraiment connu Derek Weston.

Elle n’avait aimé que l’image qu’on lui avait soigneusement montrée.

Camille croisa son regard une seule fois, puis détourna les yeux.

Ce regard resterait gravé dans la mémoire de Vivien pendant des années.

Ce n’était ni de la culpabilité, ni de la honte.

C’était quelque chose de plus froid encore.

Quelque chose qui disait : J’ai tout calculé, tu en as été le prix, et je suis déjà passée à autre chose.

Patricia toucha le bras de Vivien.

Vivien secoua la tête d’un petit mouvement précis et descendit de l’autel.

Elle ne s’enfuit pas.

Elle ne pleura pas.

Pas là. Pas devant soixante-treize personnes qui passeraient le reste de leur vie à se demander à quoi ressemblait son visage à cet instant précis.

Elle parcourut l’église de long en large, ses roses couleur crème toujours à la main, dépassant chaque banc orné d’un ruban blanc, dépassant Derek, qui prononça son nom une fois d’une voix plus agacée que repentante, dépassant Camille, qui ne dit mot, et franchit seule les portes de l’église.

Elle se tenait sur les marches de pierre, dans l’air de novembre.